La migration des artistes au temps du Caravage

Saint Pierre délivré par l’ange, 1616-1618, Staatliche Museen zu Berlin, huile sur toile, 129x179cm. Source : Wikimedia Commons

Clair-obscur flamand de Rubens, clair-obscur méditerranéen du Caravage : deux techniques, deux styles, qui ne sont pas nés simultanément, comme par miracle, aux deux extrémités de l’Europe, mais au fil d’une longue période d’influence artistique. En effet, entre 1600 et 1630, pas moins de six cents peintres flamands et néerlandais se sont installés à Rome, y apportant leurs techniques, et se nourrissant de l’extraordinaire inventivité formelle du Caravage (1571-1610) et des caravagesques. Dans le cadre des nombreuses conférences sur les Pays-Bas organisées par le Festival de l’Histoire de l’Art, et en préparation de l’exposition « Le Caravage et les peintres du Nord » qui se tiendra à Madrid en 2016, le prof. dr. Gert Jan van der Sman a présenté, ce vendredi 29 mai, le résultat de ses recherches sur les migrations des artistes flamands et néerlandais en Italie au temps du Caravage. L’étude de ces voyages s’inscrit dans une perspective historiographique récente, consistant à s’appuyer autant sur la dimension matérielle de l’installation de ces artistes en Italie, que sur la transformation des modèles et techniques du Nord face à l’influence esthétique du Caravagisme. Que recherchaient les peintres du Nord qui ont fait le voyage en Italie ? De quelle manière s’y établissent-t-ils ? Pour répondre à cette question, G. J. van der Sman s’est intéressé plus particulièrement au parcours italien de trois Néerlandais : Paul Bril (1554-1626), Gerard van Honthorst (1590-1650) et Dirck van Baburen (1595-1624). L’attraction magnétique de Rome ne constitue pas le seul facteur de l’établissement des artistes du Nord en son sein : le développement d’une économie de consommation est extrêmement propice à la création et l’échange de biens artistiques, à une époque où le métier de peintre n’y est soumis à aucune restriction ou réglementation. Le marché de l’art repose sur les commandes religieuses, toujours très importantes au XVIIe siècle, auxquelles les artistes accèdent en intégrant les académies des paroisses les plus influentes d’Italie. Mais un réseau parallèle de commandes se développe, soutenu par de nombreux intellectuels, scientifiques et marchands avides des nouveautés apportées par les flamands et de leur facilité à assimiler les modes et les techniques de leur territoire d’accueil. Si la moitié des artistes formés à Utrecht font le voyage en Italie, mais retournent chez eux pour bénéficier de bonnes perspectives de travail, Paul Brill, rattaché à l’académie de Saint Luc, demeure jusqu’à sa mort à Rome, et fait fortune grâce à sa connaissance des mécanismes du marché de l’art et sa maîtrise de la peinture de paysage, genre très peu pratiquée en Italie. Ses paysages réalisés sur des plaques de cuivres facilement déplaçables constituent un apport du Nord à la peinture italienne. Gerard van Honthorst fut dans son œuvre extrêmement influencé par l’école caravagesque, comme on peut le voir dans sa Délivrance de Saint Pierre (en illustration). Si les dessins préparatoires de cette œuvre reflètent la tradition néerlandaise de l’iconographie de cette scène des Actes des Apôtres, le recadrage de l’œuvre finale témoigne d’une influence caravagesque, se concentrant sur les personnages, et notamment l’incrédulité et l’étonnement de Saint Pierre. Ce tableau retrace selon G. J. van der Sman le mouvement général des peintres du Nord lors de leur arrivée en Italie : amenant avec eux leurs traditions techniques et esthétiques, ils intègrent avec une particulière rapidité les innovations formelles et esthétiques de leur territoire italien d’accueil.

Tess Martin & Marius Muller.

Festival de l’Histoire de l’Art 2015 – 29, 30, 31 mai

La Petite Voix vous attend les 29, 30 et 31 mai à la cafétéria de l’École des Mines de Fontainebleau. Mais pour quoi exactement? Voici un petit récapitulatif :

Dès vendredi à un petit stand, puis Samedi et Dimanche à la cafétéria de l’École des Mines, nous vous proposerons une pause gouter à toute heure. Vous pourrez également acquérir les sacs du Festival 2015, illustrés par Nicola Pietromarchi.

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Samedi & Dimanche, 15-17h : un Atelier Les Enfants du Festival, pour faire découvrir aux plus jeunes l’Histoire de l’Art au travers d’activités ludiques (jeux sur l’écoute et le toucher, dessin, etc.).

Samedi, 15h : Atelier Toucher-Voir pour appréhender une oeuvre par le toucher grâce à des planches gravées (plus ici)

Dimanche, 11-13h: Brunch Musical, accompagné par les élèves de l’École de Musique de Fontainebleau (plus ici)

Atelier Toucher-Voir – Samedi 30 mai, 15h

La Petite Voix vous propose de changer votre approche des œuvres d’art à l’occasion d’un atelier pratique d’une heure. Il s’agira d’essayer d’appréhender de façon multi-sensorielle des œuvres et des monuments connus, grâce à leur reproduction sur des planches gravées. Cette découverte sera suivie d’un atelier de reproduction de l’oeuvre à partir de la mémoire tactile. Une lecture par les mains pour déplacer votre regard.

Rendez-vous à la Cafétéria de l’École des Mines, samedi 30 mai à 15h.

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L’intervention sera conduite par Hoëlle Corvest, Chargée de l’accessibilité pour le public déficient visuel à Cité des Sciences et de l’Industrie.

Merci à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, en particulier à Marie-Pierre Warnault pour le prêt du matériel.

Brunch Musical – Dimanche 31 mai

Pour la dernière journée du Festival de l’Histoire de l’Art, La Petite Voix a le très grand plaisir de vous proposer un Brunch musical, accompagné par les élèves de l’École de Musique de Fontainebleau.

Rendez-vous le dimanche 31 mai, de 11h à 13h à la Cafétéria de l’École des Mines ! Réservation fortement conseillée, dans la limite de 30 couverts, en envoyant un mail à lapetitevoixdufha@gmail.com.

Menu du Brunch

( 8€ par personne )

Cake végétarien

Charcuterie

Salade légumes & chèvre

Toast (confiture/beurre)

Salade de Fruits

Yaourts

Gâteaux maison

Boissons chaudes (thé/café) & Jus de fruit

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Paul Cézanne, « Nature morte aux pommes et aux oranges », 1895-1900

Nous vous invitons chaleureusement à venir assister au concert. Des boissons ainsi que des gâteaux seront proposés tout au long du weekend, y compris lors du Brunch.

Programme

Jazz 
Footprints – Wayne Shorter
Autumn Leaves – Johnny Mercer/Joseph Kosma
Beautiful Love – Victor Young, Wayne King et Egbert Van Alstyne 
Four On Six – Wes Montgomery
Mercy Mercy Mercy – Cannonball Adderley
Solar – Miles Davis
Musique Actuelle
Knockin On Heaven’s Door – Bob Dylan
Clocks – Coldplay
Billie Jeans – Michael Jackson

En espérant vous voir nombreux,

La Petite Voix

Le Festival approche !

Le printemps va-et-vient, mais quoi qu’il en soit, il approche. Et avec lui, la 5e édition du Festival de l’Histoire de l’Art (découvrez le programme ici).

L’an passé, nous y étions. Le temps d’un café nous vous proposions de deviner quelles œuvres détournées se cachaient sur le dessin du sac FHA 2014.

Cette année on revient, avec quelques petites surprises en plus.

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Nous vous attendrons à la cafeteria de l’École des Mines, avec des gâteaux et des boissons pour un moment de détente.

Vous y trouverez également les sacs en toile 2015, avec un motif inspiré par le thème de cette 5e édition – la matière de l’œuvre – conçu par un jeune artiste, Nicola Pietromarchi.

 

Le dimanche midi, de 11h à 13h, nous vous préparerons un brunch, musicalement accompagné par une session jazz interprétée par les élèves de l’École de Musique de Fontainebleau (le menu, sur réservation, sera bientôt en ligne sur notre site).

 

Mais ce n’est pas tout. Nous inaugurerons un atelier des Enfants du Festival, ouvert aux plus jeunes, entre 5 et 12 ans (dans la limite de 10 places disponibles). Les samedi et dimanche après-midis, entre 15h et 17h, des activités leurs seront proposées pour découvrir de façon ludique l’Histoire de l’Art et les Pays-Bas, pays invité de cette édition. Au programme : colin-maillard, memory de l’histoire de l’art, dessins, jeu de piste, jeux sur l’écoute et le toucher pour appréhender les œuvres et les objets autrement, etc. Un gouter leur sera offert à la fin.

 

N’oubliez pas de suivre nos activités, pour ne pas en perdre une miette, sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) !

 

Boîte à idée : Printemps 2015

CINÉMA


♦ Festival Terra di Cinema 

à Tremblay, du 20 mars au 7 avril 2015.

Terra di Cinema est le festival du nouveau cinéma italien. Chaque année il propose une sélection riche et variée de fictions, documentaires, courts métrages et films de patrimoine.

www.terradicinema.org

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♦ Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient, 10ème édition

Du 31 mars au 19 avril 2015, en Ile-de-France.

http://www.pcmmo.org

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♦ Festival du Cinéma brésilien à Paris

Du 7 au 14 avril 2015, au cinéma L’Arlequin, 76 rue de Rennes, 75006.

http://www.festivaldecinemabresilienparis.com/

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♦ Festival du Cinéma européen : compétition de courts métrages 

à Lille, du 10 au 17 avril 2015  : 23 pays européens représentés, 3000 films recus, 90 en sélection officielle.

http://www.eurofilmfest-lille.com/

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♦ Festival Ciné-Palestine 

Du 29 mai au 7 juin 2015 : à Paris, cinéma Les 3 Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince, 75005 (29 au 31 mai) et à Aubervilliers, cinéma Le Studio, 2 rue Edouard Poisson, 93300 (6 et 7 juin).

http://festivalpalestine.paris

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♦ Les rétrospectives ciné du mois d’Avril à Paris 
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  • Manoel de Oliveira au Grand Action
  • Werner Herzog au Grand Action
  • Tim Burton au Champo
  • Oshima au Champo
  • Paul Thomas Anderson à la Filmothèque du quartier latin
  • John Huston à la Filmothèque du quartier latin
  • Bo Widerberg au 3 Luxembourg

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SPECTACLES VIVANTS

♦ Festival Concordan(s)e

Du 11 Mars au 16 Avril 2015, (Paris, banlieue, Avignon, etc.) Spectacles nés de la rencontre entre un écrivain et un chorégraphe.

http://www.concordanse.com

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♦ 3e édition du focus sur la danse contemporaine

Du 27 mars au 27 avril 2015, au CENTQUATRE-PARIS, 5 rue Curial, 75019.

http://www.104.fr/programmation/cycle.html?cycle=81

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♦ Festival Catimino

1, 2 et 3 juin 2015 au Théâtre Paris Villette

« Des énergies survitaminées, des disciplines artistiques qui s’entrechoquent, des écritures impertinentes qui donnent un coup de marteau aux idées installées : « kelke-choz-sè-passé » dans le théâtre jeune public d’aujourd’hui. Grâce à ces trois jours de lectures, c’est un large panorama des écritures théâtrales contemporaines auquel vous convient les Ecrivains associés du Théâtre (eat), et dont les textes répandent comme les grandes marées, les éclaboussures du grand air iodé et les couleurs arlequines du varech. A faire passer sans catimini ni minauderies ! »

http://www.eatheatre.fr/Rendez-vous/festival-catimino.html

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♦ Festival Impatience 2015 : festival du théâtre émergent

Du 27 mai au 14 juin 2015, à Paris (Théâtre du Rond Point / Centquatre / Théâtre de la Colline).

http://www.festivalimpatience.fr

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EXPOS

♦ PULP Festival, 2ème édition

Du 10 au 12 Avril 2015 + Exposition jusqu’au 26 avril, à La Ferme du Buisson, Allée de la Ferme, 77186 Noisiel.

Premier festival européen de création pluridisciplinaire autour de la bande dessinée, PULP Festival, par la Ferme du Buisson en complicité avec ARTE, rassemble les artistes de la planche et du plateau, les spectateurs et lecteurs dans de nouveaux territoires exploratoires, et réinvente une relation à la bande dessinée.

http://www.lafermedubuisson.com/PULP-FESTIVAL-14-15.html

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♦ Les Bas-fonds du Baroque : la Rome du vice et de la misère

Du 24 février au 24 mai 2015 au Petit Palais, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris.

Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermé le lundi et certains jours fériés. Nocturne le vendredi jusqu’à 21h. / Tarifs : 11e – 8e (réduit) – gratuit jusqu’à 17 ans inclus.

Exposition conçue et organisée en collaboration par l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et le Petit Palais .

Exposition conçue et organisée en collaboration par l’Académie de France à Rome – Villa Médicis et le Petit Palais .

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♦ De Giotto à Caravage : les passions de Roberto Longhi

Du 27 mars au 20 juillet, au Musée Jaquemart-André, 158 Bd Haussmann, 75008 Paris.

Horaires : tous les jours de 10h à 18h. Nocturne le lundi jusqu’à 20h30. / Tarifs : 12e – 10e (réduit).

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Doit-on abandonner les films au passage du temps ?  

Jean-Luc Godard se demandait pourquoi on dit « vieux films » pour un Chaplin, mais pas « vieille peinture » pour un Rembrandt. Les termes de film et de peinture ne sont pas innocents, ils renvoient tous deux à la matière, au support, à l’élément périssable de l’œuvre, et non à ce que l’on voit (contenu). Cette phrase semble souligner l’aspect « vivant » de l’art cinématographique, donc « mourant ». Cela indique peut-être quelque chose de la perception du cinéma, auquel nous pouvons presque nous identifier dans le passage du temps – il a, à quelques années près, l’âge de nos grands-parents, de nos parents. Il nous est d’ailleurs plus facile d’identifier, par cette proximité temporelle qui disparaitra peu à peu, l’époque d’un film à son style, sa matière ou ses acteurs, alors que la datation d’un tableau relève souvent d’une forme d’érudition, même amateur.

Quoi qu’il en soit, le cinéma, comme tout art, est vieillissant, périssable. Nous avons souvent abordé la question de la préservation, et je me propose cette fois-ci de l’envisager sous un autre angle.

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On ne s’arrête que rarement sur le principe premier de la préservation, à savoir, faut-il conserver les œuvres ou les laisser au travail du temps ? En tant qu’étudiante je n’envisage pas un environnement culturel sans restauration et diffusion des œuvres anciennes. Tout mon travail repose sur la sauvegarde du patrimoine culturel. Pourtant, cette tendance française, voire occidentale, est loin d’avoir toujours été évidente. Il suffit de se souvenir du travail accompli par Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque Française, pour sauver les films dont les pellicules partaient souvent chez des ferrailleurs en quête de matériaux précieux à réutiliser. Malgré cela, il faut attendre 1975 pour que le dépôt légal obligatoire des films soit institué en France, les démarches de la Cinémathèque relevant uniquement de ses propres choix et efforts.

Par ailleurs, on observe en France des théories qui, si elles ne refusent pas la préservation des œuvres du moins questionnent leur rapport au temps dans une perspective positive. Ainsi, Daniel Arasse, définit l’œuvre comme forcément anachronique puisqu’elle « peut très bien mélanger les temps et faire elle-même de l’anachronisme »[1] dès lors qu’elle traverse les différentes époques, se charge des interprétations de chacun, de l’histoire de ses expositions, de ses réévaluations, etc. L’historien de l’art se doit alors de prendre en compte ces anachronismes inhérents à l’œuvre, d’observer les traces du temps comme ses survivances pour mieux la saisir et distinguer l’écart entre le regard présent et le regard passé. Regarder une œuvre invite à la re-contextualiser pour la voir à travers les yeux de ses contemporains. Au cinéma par exemple, l’usage du terme de « copie » laisse à croire qu’un film projeté est le même d’une séance à l’autre. Au contraire, les conditions de projections sont toujours uniques (le public, mais aussi le matériel utilisé diffèrent), offrant une expérience du film différente. Il en va de même pour les œuvres exposées dans les musées.

Pour cette raison, il est légitime de se demander s’il ne faudrait pas projeter les films sur leur support d’origine, quitte à ce que la qualité – d’époque – trouble le spectateur d’aujourd’hui. Car la conservation est souvent pensée de pair avec la restauration, le déplacement du film vers un autre support. Il ne s’agit plus de se demander s’il est bon ou non d’abandonner les films au temps et à l’oubli, mais de savoir jusqu’à quel point nous devons les importer dans nos conditions présentes de projections.

Sans prétendre avoir de réponse, il semble qu’il devient urgent de se poser ces questions que l’on soit ou non spécialiste, pour mieux saisir les enjeux des institutions qui préservent et de ceux qui, au contraire, détruisent.

[1] Daniel Arasse, Histoires de la peinture, Gallimard, Paris, 2006

« Ne pas toucher les œuvres »

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« Ne pas toucher les œuvres », sous peine de contribuer massivement à leur détérioration. Terroriste !

Au musée, dans les galeries, partout où l’Art avec un grand A et un air de sainteté s’est réfugié, l’on se promène les mains dans le dos, évoluant d’un pas lent et pesant, fronçant les sourcils avec gravité, hochant la tête d’un air entendu. L’on psalmodie les intentions de l’artiste à voix basse ; se risquer à interpréter l’on ne saurait ! Et on ne se moque pas, on ne lève pas les yeux au ciel : je suis la première à faire toutes ces choses… Oui, je suis d’une insupportable affectation. Je le confesse et je me repens : il y a quelques semaines, je jetai deux regards noirs, l’un à un type, suffisant, qui clamait « Avec l’informatique, on va la retrouver très vite ! » à propos de la pièce encore manquante de la Thébaïde de Fra Angelico1, le second à un autre qui clamait – lui aussi – « Florence, c’est la plus belle ville d’Italie… Mais Rome, c’est pas mal aussi… » Ils osèrent troubler le silence religieux du Quattrocento2 en clamant, ie ils braillaient. Oui, je suis insupportable. Je vous l’avais dit, non ?

Pourtant, au-delà du snobisme et de l’arrogance, il y a tout de même un truc qui me tille. Ne pas toucher les œuvres, certes. Je comprends bien les exigences relatives à leur conservation, à l’ordre et à la discipline et le reste. Après tout, nous sommes des brutasses couvertes d’acide. Mais face à elles, j’ai envie d’y aller. J’ai envie de suivre le contour du visage de Simonetta Vespucci avec mon doigt, de coller mon nez sur la Joconde pour lire dans ses yeux, de vérifier si, en plus de les voir, on peut sentir les points de Seurat, d’étreindre de toutes mes forces les Esclaves de Michel-Ange. Sans ignorer que si je le faisais, mise à part la réprimande des gardiens du temple, je n’en tirerais sans doute rien. Je risquerais même d’être déçue de ne pas me mettre à irradier dans un halo de lumière. Néanmoins, la matière de l’œuvre me « fait signe », que ce soient les caractères imprimés, les traits de couleur ou la masse du marbre.

Contrairement à ce que l’on pense d’ordinaire, la plupart des statues grecques n’ont rien à voir avec ces figures de marbre blanc sévères et austères. Celles-ci, celles qui peuplent nos musées, sont des copies romaines plus tardives. Les Grecs étaient traditionnellement des bronziers. Leurs réalisations représentaient des dieux, des champions olympiques ou des vainqueurs au combat, exclusivement. Rien d’humain, ou sinon une humanité qui tend vers le divin.

Ces statues étaient un peu plus grandes que la taille humaine, culminant à 2 mètres pour un Grec moyen d’environ 1,60 mètre soit un rapport de 1,25, et surtout aux proportions absolument parfaites. Chaque veine, chaque saillie, chaque creux était ciselé avec soin et même le dos n’était pas négligé le moins du monde. En effet, contrairement à la statuaire romaine à vocation décorative, adossée à un temple ou autre bâtiment, les statues grecques étaient exposées en pleine place publique, à même le sol ou à peine surélevées sur un socle de pierre. Quoi qu’il en fût, point de piédestal. Elles étaient, pour ainsi dire, mises sur un pied d’égalité avec les citoyens qui venaient, plus que les contempler, les éprouver , se confronter physiquement avec la forme de la perfection divine. Les Grecs circulaient autour, scrutaient le moindre frémissement de la peau de bronze. Ils voyaient en ces statues un autre eux-mêmes, parfaits. Le bronze était poli, jusqu’à la brillance, jusqu’à imiter le hâle des athlètes enduits d’huile au soleil, les prunelles garnies de pierres luisantes, la pilosité dorée à la feuille. Tout resplendit, réfléchit et scintille dans l’éclat. Tout, jusqu’aux pieds qui les rattachent au sol et les lient sans conteste à leurs semblables humains. Le bronze frappe, le bronze éblouit dans et par la lumière du soleil grec, le bronze appelle.

Cette interpellation, je crois la retrouver dans l’œuvre d’un certain Christophe Charbonnel, sculpteur bronzier d’inspiration antique de son état3. A la différence, peut-être, que plutôt que d’une perfection quasi divine, il en va d’une sorte de puissance massive de la matière dans ses œuvres, bronze brut en l’occurrence, lieu de rencontre entre le fini, la forme et l’infini, l’informe.

Bref, baver au musée n’est pas forcément indigne. En revanche, faire crisser ses semelles en plastique sur du parquet ciré vous attirera irrémédiablement une envie de meurtre de ma part. On se refait pas !

Francine Kuch

1 Exposée en ce moment même au Musée Condé à Chantilly.

2 Exposition jusqu’en janvier toujours à Chantilly.

3 Exposé à la galerie Bayart, rue des Beaux-Arts, Paris (75006).

La boîte à idées : Novembre – Décembre 2014

CINEMA

♦ 12ème Semaine du Cinéma russe à Paris
« REGARDS DE RUSSIE »
Du 12 au 18 novembre à l’Arlequin, 76 rue de Rennes – 75006
14 longs métrages / 2 documentaires / films d’animations / conférences

Tarifs : 6,50€ la place – 5,50€ scolaires – 35€ le pass 10 séances (sauf ouverture sur invitation)

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Programme : http://www.cinema-russe-paris.com/

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♦ 3ème Festival du Cinéma ARTE
Du 18 au 25 Novembre, au Luminor Hotel de Ville (anciennement Nouveau Latina), 20 rue du Temple – 75004, Paris

Avant-premières de nouveaux films ARTE
Projections de grands films ARTE
Brunchs et débats avec les réalisateurs
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TarifsSéance en journée : 5€ / Séance en soirée : 7€ / Pass ARTE* (3 séances et 1 brunch + film) : 15 €

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♦ Cycle « 50 grands rôles de femmes »
du 9 juillet au 30 décembre 2014
Au Reflet Médicis, 3 rue Champollion – 75005 Paris

A venir : Sur la route de Madison, Boulevard du crépuscule, Faubourg Saint-Martin, Wanda, Louise Michel, Senso, Thèrèse, Persona, Wendy et Lucy…

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♦ Ciné-Concert-Cuisine spectaculaire : « PUPILLE ET PAPILLES »
organisé par le collectif ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire)
Dimanche 23 Novembre 2014 à 11h, au Comœdia
13 Avenue Berthelot, 69007 – Lyon

http://www.arfi.org/pupillesetpapilles/

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Rétrospectives
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♦ Cycle John Cassavetes, actuellement au Champo
51 rue des Ecoles, 75005, Paris
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♦ Cycle Sergio Leone, actuellement au Grand Action
5 rue des Ecoles, 75005, Paris
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♦ Cycle François Truffaut, actuellement à la Filmothèque du quartier latin
9 rue Champollion, 75005, Paris
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♦ Cycle Woody Allen, actuellement à la Filmothèque du quartier latin
9 rue Champollion, 75005, Paris
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SPECTACLES VIVANTS  
♦ F. T. O. #1
Focus au Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines
Semaine sur les écritures contemporaines
du lundi 17 au samedi 22 novembre 2014
4bis Cité Véron – 75018, Paris
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« La douzaine de propositions réunies ici multiplie délibérément les angles, les formes et les approches de la dramaturgie contemporaine. Les textes d’écrivains, d’auteurs dramatiques français et étrangers, de poètes, sont lus, mis en espace ou performés par des metteurs en scène, des chorégraphes, des acteurs ou les auteurs eux-mêmes, accompagnés parfois de musiciens.
Dans les textes proposés, pour la plupart inédits ou à paraître, il est question tout à la fois de politique et de poétique, de la puissance de la parole et de l’art pour résister aux oppressions, d’héritage(s), d’identités en construction et d’identités en crise, des désirs et des élans de la jeunesse… et de bien d’autres choses que nous vous invitons à découvrir avec nous. »
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♦ 15e édition du Festival MAR.T.O.
Le Festival de Marionnettes et de théâtre d’objets pour adultes
du 21 novembre au 6 décembre dans les Hauts-de-Seine : Fontenay-aux-roses, Clamart, Chatenay-Malabry, Bagneux, Malakoff, Chatillon, Seaux.
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NB : Nuit de la Marionnette le 22 Novembre de 19h30 à l’aube, au Théâtre Jean Arp de Clamart.
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Histoire d'Ernesto, de Sylvain Maurice, d'après Marguerite Duras

Histoire d’Ernesto, de Sylvain Maurice, d’après Marguerite Duras

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♦ Festival PARIS EN TOUTES LETTRES
du 14 au 23 Novembre 2014
Maison de la Poésie et alentours
 
Le festival littéraire de la ville de Paris : 54 propositions originales fondées sur les hybridations entre les genres littéraires et les formes artistiques.
Des Lectures performances : Éric Vuillard & Jacques Bonnaffé / François Morel & Éric Caravaca / Eugène Savitzkaya / Gauz / Olivia Rosenthal & Pierre Aviat / Édith Scob & Albin de la Simone…

Des Concerts littéraires : Rodolphe Burger / Daphné / Serge Joncour & Florent Marchet / Brigitte Fontaine / Éric Reinhardt & Feu! Chatterton / Dick Annegarn / Noémie Lvovsky & Gaëtan Roussel / Barbara Carlotti / Bastien Lallemant …

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Festival PARIS POLAR
Paris 13ème arrondissement  – 21 / 22 / 23 novembre 2014
Co-organisé par la Mairie du 13ème et l’association Paris Polar
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Expositions, rencontres, tables rondes, projections, ciné-concerts et jeux de piste…

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http://parispolar.fr

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♦ LE CHAMP DES POSSIBLES
Samedi 29 Novembre, 18-23h
Aux Ateliers Artelle, 4 rue Jean Varenne, 75018 – Paris
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Concerts, petites formes théâtrales, projections, mais aussi prises de parole associatives avec notamment une intervention de La Petite Voix.
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♦ LE MOIS DE LA PHOTO-OFF, 20ème édition
PARIS – BERLIN
Novembre 2014

http://moisdelaphoto-off.org/2014/le-festival

 

♦ PARIS PHOTO au GRAND PALAIS
du 13 au 16 novembre 2014

Paris Photo est le premier rendez-vous international dédié au medium photographique.

Artistes, galeries, collectionneurs, professionnels, curieux et passionnés se retrouvent chaque automne autour d’une programmation ambitieuse et exigeante, mettant l’accent sur la diversité et la qualité des artistes et des œuvres présentées par les galeristes :

http://www.parisphoto.com

 

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           Pour une approche des Pays-Bas, invité de la 5ème édition du Festival de l’Histoire de l’Art (mai 2015) : 2 expositions à la Fondation Custodia121 rue de Lille – 75007, Paris
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♦ Entre Goltzius et Van Gogh. Dessins & Tableaux de la Fondation P. et N. de Boer
Du 13 décembre 2014 au 8 mars 2015
Vincent van Gogh, Champ de blé, juin 1888 Huile sur toile, 50 x 61 cm © Fondation P. et N. de Boer, Amsterdam

Vincent van Gogh, Champ de blé, juin 1888
Huile sur toile, 50 x 61 cm
© Fondation P. et N. de Boer, Amsterdam

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♦ Entre notation et rêve. L’œuvre sur papier d’Arie Schippers 
Du 13 décembre 2014 au 8 mars 2015
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Autoportrait, 2008. Aquarelle, 24,3 x 25,5 cm

Autoportrait, 2008. Aquarelle, 24,3 x 25,5 cm

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Horaires d’ouverture: Tous les jours sauf le lundi, de 12h à 18h
Fermeture le 25 décembre et le 1er janvier
Tarifs : Plein tarif 6 € / Tarif réduit 4 €
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La matière de l’oeuvre et les Pays-Bas

Cette année, le Festival de l’Histoire de l’Art propose une réflexion autour de « La Matière de l’oeuvre » et met à l’honneur les Pays-Bas. C’est l’occasion de (re)découvrir ce pays et ces artistes et de (ré)interroger notre rapport à l’oeuvre d’art. Quelle relation l’artiste et le spectateur entretiennent avec la matérialité de l’oeuvre ? Quelle évolution de l’art face à l’utilisation de nouveaux matériaux ? Autant de pistes de réflexions qui seront explorées du 29 au 31 Mai lors du Festival à Fontainebleau ainsi que tout au long de l’année.

Suivez-nous, des articles sont à venir!

Pour plus d’informations: http://festivaldelhistoiredelart.com/festival/edition-2015-matieres-de-loeuvre-pays-bas/