Nous avons notre dessinateur de l’année!

Comme chaque année, La Petite Voix s’associe à un jeune artiste pour designer les (désormais célèbres) sacs du Festival. Cette année, ce sera Etienne Puaux, un jeune dessinateur qui se destine à la bande dessiné, qui nous accompagnera. Etudiant de l’école des éditions Delcourt, vous pouvez retrouvez son travail sur son Tumblr : http://etiennehighwell.tumblr.comDoll0002.jpg

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, on vous prépare quelques événements avec notre nouvel artiste mais aussi avec ceux des années précédentes! Affaire à suivre!

« Oskar Schlemmer, l’homme qui danse »

Un artiste peu connu du public français est présenté au Centre Pompidou Metz dans une scénographie novatrice. Les dernières rétrospectives de l’artiste datent de 1999 et 2015 ; la première  à Marseille au Musée Cantini, en collaboration avec le Centre National de la Danse, comparait son œuvre à celles de Fernand Léger, de Léonard de Vinci et Cézanne. La seconde rétrospective, « Oskar Schlemmer, Visions d’un monde nouveau », a eu lieu à la Staatsgalerie de Stuttgart, sa ville natale, qui a bénéficié du prêt de l’escalier du Bauhaus par le Museum of Modern Art de New York ; un film de Nicola Graef a également été réalisé en 2014 : « Oskar Schlemmer – la figure du Bauhaus ».

Oskar Schlemmer (1888-1943) fait partie d’un courant qui prône l’interdisciplinarité, qui souhaite réconcilier l’art avec les innovations techniques de son époque. Artiste protéiforme, il est à la fois peintre, dessinateur, sculpteur et musicien ; il passe de la ligne au plan, du plan au volume, du volume  au mouvement.

Cependant, loin d’être adepte d’une mécanisation de l’art, il manifeste un intérêt pour la représentation de la figure humaine et les formes pures de la géométrie plane, et non pas celles de Cézanne en volumes.  Sa recherche se focalise sur l’équilibre entre l’abstraction et la figure humaine. L’homme est à la fois un être mécanique et organique, avec des articulations et un cœur qui bat ; mais il doit se libérer de toute émotion pour contrôler ses mouvements à la perfection.

Son œuvre est intimement liée à l’école du Bauhaus, dont il dessinera le logo. Elle est fondée en 1919 par Walter Gropius à Weimar, qui appelle Schlemmer en 1920 pour être « Maître des formes ». Il  dirige ensuite l’atelier de peinture murale jusque 1922, puis de 1923 à 1929 il dirige la Scène du Bauhaus, et  dessine tous les costumes des fêtes organisées pour les étudiants et les professeurs. C’est en 1922 qu’a lieu la première du Ballet Triadique à Stuttgart. Mais il partage aussi sa théorie à travers des conférences et des écrits comme les autres artistes de son époque ; ainsi, il écrit  L’Homme et la figure de l’art en 1924, qu’il exploite pour ses cours sur l’homme donnés entre 1928/29. Mais son œuvre se délite à partir du moment où il est déclaré artiste dégénéré par les nationaux-socialistes, qui ferment l’école du Bauhaus de Dessau en 1933. Toute sa vie, il aura également dû faire face à des difficultés financières.

La danse est centrale dans la pensée de Schlemmer, car elle réconcilie le corps avec l’espace ; mais les costumes du Ballet Triadique contraignent le corps danseur, étant constitués de structures lourdes et encombrantes. Sa première expérience dans la danse au Bauhaus est le Cabinet Figural, qui représentait des figures en relief animées, comme un théâtre de guignol mécanique soumis à un maître; ce premier projet est pétri des réflexions contemporaines sur les marionnettes et les automates, illustrées par les travaux d’Heinrich von Kleist et E.T.A. Hoffman sur la poupée Olympia. La danse connaît justement à l’époque un renouveau grâce à la créativité des chorégraphes des Ballets russes, Nijinski et Michel Fokine, entre autres ; ils produisent des ballets résolument modernes, comme L’après-midi d’un faune sur la musique de Claude Debussy, et Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski.

D’autres artistes proches de ses réflexions sont présentés dans l’exposition. Alexandra Exter, artiste russe constructiviste et liée au futurisme, est l’auteur de Construction pour scène plastique et gymnastique (1923), qui introduit la thématique du sport, et rejoint l’idée d’une recherche u corps parfait; on découvre également T. Lux Feininger, qui a réalisé des photographies du Ballet Triadique; Kandinsky est évidemment présent en tant que fondateur de l’abstraction et auteur de réflexions sur la couleur, avec ses décors de 1928 pour Tableaux d’une exposition, composition pour piano de Modest Moussorgsky ; Paul Klee, lui aussi auteur de traités sur la clarification des formes et proche du Bauhaus, est représenté avec Des Pierrot Verfolgungswahn de 1924.

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Les + de l’exposition 

Cette exposition se présente sous un jour particulier tout d’abord car il s’agit avant tout d’un projet familial : la femme d’Oskar Schlemmer s’est engagée dans la reconstitution de son carnet de croquis et la conservation des œuvres, son petit-fils, Raman Schlemmer, a proposé une scénographie qui témoigne de ses souvenirs d’enfance, comme la couleur orange de la bibliothèque par exemple. Il a également réussi à rassembler un corpus complet, jusqu’à l’exposition des masques pour la Danse des femmes, souvent refusés par les conservateurs.

Contrairement aux autres expositions du Centre, il n’y a pas de texte introductif à l’entrée de l’exposition, seulement  le logo du Bauhaus ainsi que la tête d’un des costumes dans une ambiance dorée. Cela peut être déstabilisant, puisque même dans la galerie, le titre de l’exposition n’est pas mentionné. Mais je trouve cela attirant car cela nous fait pénétrer dans un univers inattendu et merveilleux. En effet, dans la galerie, les costumes (qui ont été reconstitués successivement) se déploient sur toute la trajectoire de l’espace ; les couleurs et les formes éclatent aux yeux des visiteurs.  La musique nous plonge également dans une toute autre dimension : on peut entendre des extraits de deux œuvres pour lesquelles Schlemmer a dessiné des scénographies : le Rossignol de Stravinsky et L’Assassin, espoir des femmes d’après le poème d’Oskar Kokoschka sur une musique de Paul Hindemith.

Deux films du Ballet Triadique sont projetés presque face à face, l’un étant d’époque et l’autre présentant une reconstitution par une équipe japonaise plus récente. La version d’époque a été ralentie, et agrémentée d’une composition minimaliste ; cette projection permet vraiment de se laisser capter par une impression de suspension du temps, de faire une pause dans le parcours de l’exposition.

On découvre d’ailleurs des pièces spectaculaires, pour la plupart issues des collections du Bühnen Archiv Oskar Schlemmer, ainsi que des prêts exceptionnels : la Muse endormie de Brancusi du Musée d’art moderne de Paris (1910) ; un livre de théorie des proportions d’Albrecht Dürer (Bibliothèque de Strasbourg) ; la 2e édition du manifeste du mouvement Der Blaue Reiter.

Finalement,  les relations qui existent entre le passé et l’art du XXe siècle n’ont jamais été rompues. Selon Oskar Schlemmer, l’art doit composer avec ce que son époque lui apporte, tout en se référant implicitement aux grands maîtres de l’histoire de l’art. J’ai justement apprécié les quelques allusions à ces époques passées. Par exemple, la tête sculptée de sa propre bibliothèque est exposée  comme dans les collections italiennes de la Renaissance, en hauteur ; ou encore la grande toile à l’extrémité de la galerie, qui replace l’homme au centre d’un réseau de lignes, rappelle le principe fondateur de l’humanisme : l’homme est la mesure de toute chose.

Ainsi, le Bauhaus apparaît non pas comme une école de construction comme on le présente d’ordinaire, mais comme une école d’art total, où les cours sont plus des réflexions théoriques que des formations techniques, où la recherche s’effectue de concert entre les maîtres et les élèves. La pédagogie passe par le rire et les fêtes afin d’apaiser les relations humaines concentrées dans cet établissement interdisciplinaire.

Les – de l’exposition 

Malgré l’ambition de mettre à mal le traditionnel texte d’introduction à l’exposition, le visiteur se retrouve rapidement déboussolé. En effet, lorsque l’on entre dans la galerie, tout l’espace est ouvert pour rappeler l’interdisciplinarité de l’artiste et du Bauhaus. Mais les sections de l’exposition ne sont pas toujours clairement délimitées, en dépit d’un code couleur, qui n’est même pas expliqué. De la même manière, la playlist, qui participe à l’ambiance particulière de l’exposition, n’est pas affichée, alors que plusieurs musiques se superposent dans l’espace.

Alors que l’œuvre d’Oskar Schlemmer est très riche et plutôt érudite, il aurait été souhaitable d’avoir quelques éléments explicatifs dans la galerie. La cohérence du corpus se perd dans l’accumulation

J’ai regretté de voir qu’une nouvelle fois, le Centre Pompidou Metz expose des ouvrages théoriques et des publications ; il est  tentant de montrer des volumes historiques,  ayant appartenu ou non  à Schlemmer… Mais pourquoi ne pas proposer des numérisations pour pouvoir les feuilleter ?  Tout l’intérêt est perdu dans cette nouvelle accumulation d’objets, alors qu’il existe des versions numériques (https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/der-blaue-reiter-l-almanach-de-vassily-kandinsky-et-franz-marc-numerise/66179 ).

Avec cette monographie, le Centre Pompidou Metz nous fait pénétrer dans l’univers étrange et ludique d’Oskar Schlemmer. Le Bauhaus, présenté généralement comme une école du fonctionnalisme, est ici abordé sous un angle nouveau grâce à cette personnalité singulière.

Toutefois, le visiteur non averti risque de passer à côté de tout un monde à cause d’une signalétique maladroite. À moins de débourser quelques dizaines d’euros en boutique pour mieux découvrir l’artiste et son époque, le visiteur ne devrait pas hésiter à se référer à un médiateur pour obtenir des clefs de compréhension.

Mais l’exposition peut tout à fait être expérimentée comme une promenade insolite, libre de toute contrainte de parcours.

Finalement, le Centre Pompidou Metz rassemble tous les thèmes déjà abordés dans de précédentes expositions, en plus de créer des résonnances avec les expositions des autres galeries : « Musicircus » dans la Grande Nef, qui relie les arts visuels à la musique, et « Entre deux horizons, Avant-gardes allemandes et françaises du SaarlandMuseum », qui retrace une histoire de l’art fondée sur les échanges artistiques transfrontaliers, à travers les méandres de l’histoire du XXe siècle. Il continue ainsi à se présenter comme un centre d’exposition ouvert à la réflexion interdisciplinaire et à la découverte d’autres horizons.

La programmation culturelle prévoit une revisite de l’univers d’Oskar Schlemmer à travers la danse. L’Envers, dirigé par Petter Jacobsson avec le CNN – Ballet de Lorraine (qui a déjà réinventé Relâche, revue de Francis Picabia des années 1920), proposera une réinterprétation des réflexions d’Oskar Schlemmer sur le corps dans l’espace. Le spectacle aura lieu dans la galerie même.

Amandine Martin

« Oskar Schlemmer, l’homme qui danse », au Centre Pompidou Metz, du 13 octobre 2016 au 16 janvier 2017

Brunch musical #2 : le programme !

Chose promise, chose due. Vous avez eu le Brunch (voir le Menu ici) maintenant voici le musical :

Double Je, une exposition entre thriller et réflexion sur les métiers d’art

Ganel Todanais, artisan d’art, se livre à la police les mains maculées de sang et avoue le crime de son rival, Natan de Galois, l’arme à la main. Mais aucun corps n’est retrouvé.

Inspirée d’une nouvelle de Franck Thilliez, le Palais de Tokyo, en partenariat avec la Fondation Bettencourt Schuller, propose une exposition originale aux allures d’enquête policière. Sitôt entré, le visiteur est plongé dans l’univers de Ganel. Le décor de cette enquête devient prétexte à une exposition de la richesse des oeuvres de l’artisanat d’art. La scénographie originale de cette exposition invite à la déambulation dans la reconstitution des ateliers et des lieux de vie des deux personnages principaux. Entre jeu de piste et investigation, le visiteur passe de pièce en pièce, attentif à chaque objet du quotidien, fruit de commande à des artistes et artisans d’art. Les éléments de décoration, le mobilier, les objets les plus usuels devenus oeuvres d’art rythment la visite et illustrent la diversité du monde de l’artisanat d’art aujourd’hui.

Au centre, deux ateliers, coulisses de la création artistique et pivots de l’exposition, où sont exposés les différents corps de métier, leurs outils et le procédé de travail des matériaux : verrerie, lithographie, atelier d’encadrement, plumasserie, broderie, coutellerie, marqueterie,…  Comme autant de fenêtres ouvertes sur le monde de la création, des espaces sont aménagés dans ces deux pièces mettant en scène les étapes nécessaires à la création des objets exposés. En passant par l’atelier de design numérique, le visiteur était même invité à modéliser un vase avec le son de sa voix traité par ordinateur!

Au delà de l’aspect ludique, cette exposition était l’occasion de découvrir un pan de l’art souvent méconnu et trop peu souvent mis en lumière dans une si grande exposition. Les codes habituels de l’exposition d’art sont quelque peu bouleversés : c’est ici l’envers du décor qui nous est présenté, tant dans l’enquête que dans le processus de création. Ce changement de focus amène à une réflexion intéressante sur le regard à apporter à l’artisanat d’art : les objets du quotidien que l’on ne prend plus la peine de regarder et de détailler sont réenchantés, notre regard est amené à changer sur l’intégralité de ce qui nous est présenté.  Par ailleurs, cela pose la question de la place de l’artisanat d’art dans le paysage artistique actuel : forme isolée à caractère exceptionnel, ou forme omniprésente et essentielle ?

Le livret d’exposition, comprenant des plans de chaque pièce et des indications sur les oeuvres présentées, était un bon compagnon de route pour étayer cette déambulation. A la fin il pouvait vous révéler qui est le meurtrier… Mais nous on a voulu garder le secret!

Découvrez les sacs du Festival de l’Histoire de l’Art 2016

Comme chaque année, la Petite Voix a demandé à un jeune artiste de concevoir le motif des sacs du Festival de l’Histoire de l’Art. Cette année, Kristelle Rodeia s’est prêtée au jeu, s’inspirant du pays invité de cette 6e édition, l’Espagne. Vous pouvez découvrir son travail sur son site : http://www.kristellerodeia.com

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Les sacs seront en vente à la cafétéria de l’École des Mines, où vous pourrez rencontrer toute l’équipe de La Petite Voix, et sur le stand de l’AFHIART (Les Amis du festival de l’Histoire de l’Art), pendant toute la durée du Festival (3, 4 et 5 juin 2016, Fontainebleau).

Brunch Musical #2 – Dimanche 5 juin (edit)

 

Suite au succès de l’an passé, La Petite Voix a le très grand plaisir de vous proposer à nouveau un Brunch musical, accompagné par les élèves de l’École de Musique de Fontainebleau, lors du Festival de l’Histoire de l’Art 2016.

Rendez-vous le dimanche 5 juin, de 11h à 13h à la Cafétéria de l’École des Mines ! Réservation fortement conseillée, dans la limite de 30 couverts, en envoyant un mail à lapetitevoixdufha@gmail.com.

Menu

( 9€50 par personne )

Cakes salés, pour bien commencer :
– 
poivrons / lardons
– courgettes / carottes au curry

Salade grecque, avec de l’origan…
tomates, concombres, oignons, olives et… origan, bien sûr !

Toasts & leurs confitures – après tout, c’est un petit-déjeuner !

Salade de Fruits, pour vous donner envie :
trio pommes-bananes-oranges nappé d’un sirop maison

Yaourt & Granola, pour se caler l’estomac !

Gâteaux du jour, faits avec amour :
surprise !

Boissons chaudes (thé/café) & Jus de fruit

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Nous vous invitons chaleureusement à venir assister au concert. Des boissons ainsi que des gâteaux seront proposés tout au long du weekend, y compris lors du Brunch.

Programme musical à venir… encore un peu de patience !

Vermeer et les maîtres de la peinture de genre au Siècle d’or, par Blaise Ducos.

Cette conférence proposée par Blaise Ducos, le conservateur des peintures flamandes et hollandaises au Musée du Louvre, a pour intérêt d’annoncer avant l’heure un grand projet du Louvre : celui d’une exposition temporaire sur Vermeer et ses contemporains. En effet, ces peintures hollandaises du XVIIe constitue un tiers des collections de peinture du musée du Louvre : autant profiter de cette collection si riche. Cependant, toute la difficulté de présenter l’oeuvre de Vermeer réside dans un problème d’ordre numérique : au cours de sa carrière, le « sphinx de Delft » n’a réalisé que 36 peintures, sans aucun dessin, s’opposant totalement à la pratique de son rival, Rembrandt. L’exposition se construirait donc bien entendu à la fois sur les tableaux majeurs du maître, mais également sur les autres maîtres, moins célèbres, mais dont les échos artistiques avec Vermeer sont évidents. C’est pourquoi Blaise Ducos a fait le choix de sous-titrer sa conférence « Variations Vermeer ». L’ambition est grande : rassembler ces œuvres éparpillées entre les grands musées, à l’exception d’une encore en mains privées.

En effet, le maître hollandais dépeint dans ses œuvres un univers très caractérisé: celui de la bourgeoisie émergente en Hollande au XVIIe siècle. Ceci expliquant cela, on comprend pourquoi ces œuvres se dotent d’un caractère éminemment précieux : elles visent une classe très précise de richissimes collectionneurs. La Hollande est en effet un pays très urbain, bien en avance sur la France qui reste un pays très rural. Il s’agit d’un monde déjà capitaliste, dont l’émergence de la Bourse explique sans doute l’émergence d’un marché de l’art si important. Cet univers se restreint donc dans ses sujets, ce qui n’empêche pas des variations omniprésentes. Pour Blaise Ducos, la contribution de Vermeer dans ce genre pictural réside bien dans ces multiples déclinaisons, jusqu’à étudier ses « thèmes et variations » pour citer Matisse.

Vermeer innove certes, mais ne lance aucune mode : il apparaît comme un homme de synthèse. Peignant très lentement, son intérêt ne se porte aucunement sur le dernier sujet à la mode. Homme du recueillement, il se détache du monde effervescent qui l’entoure. Afin de comprendre cette effervescence, Blaise Ducos propose de s’attacher à l’histoire de la scène de genre :

Tout d’abord, les avants-courriers, de 1600 à 1650. Le but de l’exposition serait en effet de faire rayonner les comparaisons d’une ville à une autre. Le monde urbain a favorisé les échos, les plagiats, les copies, et explique ainsi les variations entre divers artistes et la constitution de véritables réseaux. On y trouve des artistes peintres comme Peter Coddeou Dirck Hals.

La laitière, Vermeer

La laitière, Vermeer

Ensuite, Blaise Ducos analyse l’émergence d’une « nouvelle vague » avec Van der Neer, nouvelle vague dont fait partie Vermeer, et au sein de laquelle les échos sont frappants : un thème est développé par plusieurs artistes, pouvant presque constituer un véritable jeu des sept différences : pour n’en citer qu’une, La Laitière de Vermeer a une grande sœur, celle de Gérard Dou. Si celle de Dou dévoile une certaine horreur du vide avec un intérieur rempli d’objets qui attisent la curiosité, celle de Vermeer s’en distingue par sa monumentalité, son refus de l’anecdotique. On se demande tout de même pourquoi le maître a-t-il fait le choix de laisser au mur des clous qui ne tiennent rien, si ce n’est pour déclencher l’imaginaire du regardeur…

La laitière, Dou

La laitière, Dou

Enfin, le conservateur propose de faire taire un préjugé récurrent, celui de la fin du siècle comme la décadence des scènes de genre, en faisant intervenir l’irruption du classicisme français et de l’esprit des Lumières comme nouvelle valeur. Ces éléments nouveaux seraient pour lui une forme de proto-esprit des Lumières, avant même 1700. C’est le cas de Cornelius de Man et de son Tube de phosphore, précurseur du britannique Wright of Derby, qui peint des phénomènes et des études scientifiques, en véritable humaniste. Etude que l’on retrouve à l’oeuvre dans l’Astronome ou le Géographe de Vermeer, une énième variation qui le présente bien comme un homme cristallisant toutes les préoccupations de son siècle.

Juliette Degennes

Niki de Saint-Phalle, un rêve d’architecte, réalisé par Anne Julien et Louise Faure

C’est à l’occasion de la grande exposition proposée par le Grand Palais en 2014 que les deux réalisatrices ont réalisé ce documentaire, retraçant la vie de Niki de Saint-Phalle à la fois personnelle et artistique, dans un mélange parfaitement réussi. Le fil conducteur de ce film de 52 minutes est ce rêve d’architecte qui posséda Niki jusqu’à son aboutissement : le jardin des Tarots. La poursuite du rêve comme philosophie, c’est ce que défendent à la fois Niki de Saint-Phalle et les deux réalisatrices au parcours atypique.

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L’artiste qualifiée de « meilleure sculpteure de tous les temps » par son compagnon Jean Tinguely, que l’on voit dans le documentaire, est issu d’une riche famille d’aristocrate, évoluant dans un monde codifié qu’elle rejette dès sa plus jeune enfance. Enfermée dans les salons new-yorkais, la jeune Niki rêve à la fenêtre et déclare à sa mère ne jamais vouloir lui ressembler, ne jamais vouloir « plier les draps ». Cette première transgression révèle d’ors et déjà un caractère bien affirmé. Dès ses 18 ans, elle fuit en se mariant avec un poète américain : tous deux, ils partent à la découverte de l’Europe et s’installent à Paris. C’est là qu’elle se consacrera entièrement à son œuvre, après une terrible dépression nerveuse dont elle se sort…. en dessinant. Allongée dans son lit, entouré de rats, métaphores de son mal-être qui la ronge, cette série de dessin signifie beaucoup et s’anime littéralement dans le documentaire. A la sortie du sanatorium, elle se sépare de son premier mari et rencontre les Nouveaux Réalistes, partageant leur bohème dans les rues de Paris. C’est le début d’une grande histoire d’amour avec Jean Tinguely, qui l’aidera dans toute sa carrière, jusqu’à la réalisation très prenante du Jardin des Tarots.

Mais avant ce rêve, Niki, jeune féministe d’avant-garde, se renouvelle par ses rencontres et décide de tirer sur la peinture. Dans des images d’archives inédites, on découvre la part cachée des œuvres à la carabine exposées au sein de l’exposition du Grand Palais : dans une véritable « performance » en Californie, la jeune peintre amuse les curieux en tirant violemment sur des sachets de pigments accrochés à la toile. Pour elle, c’est l’acte de violence en lui-même qui est important : la toile n’est qu’un déchet, un résidu de l’acte. Au-delà de la peinture, l’artiste tire sur les codes et les règles imposées, tire sur un mode de vie, tire sur sa famille, son frère, son père…. Dont elle révélera plus tard, à la fin de sa vie, l’inceste dont elle a été victime à l’été 1942, comme l’évoque de façon allusive le documentaire. Et c’est bien ce qui fait la justesse du film : évoquant des clefs de lecture qui permettent de comprendre Niki de Saint-Phalle en tant que femme, il met toutefois l’accent sur la valeur artistique du personnage, sur son aura qui lui permettra d’atteindre ses objectifs grâce à une véritable foi.

Lors d’une interview, elle avoue avoir admiré Gaudi et son parc Güell de Barcelone : « un jour, moi aussi je construirai un jardin », sans hésiter pour autant à démystifier le grand architecte : « lui, ce salaud, il avait son compte pour le financer ! ». Après la célèbre Hon de 1961 dans laquelle les visiteurs pénétraient et les enfants jouaient et les innombrables Nanas qui lui assurent la gloire, elle réalisera son rêve, par ses propres moyens: un immense jardin aux couleurs explosives, révélateur de son monde à elle. Elle vécut d’ailleurs au sein de l’Impératrice, comme le dévoile des photos prises à l’époque. L’exploit de Niki, c’est ainsi d’avoir su exprimer son intérieur bouillonnant par un langage plastique extérieur, dans la même dynamique de transgression que la jeune enfant qui veut parcourir les rues et non les salons mondains. Niki a donc réalisé son propre salon rêvé et fantasmé. Et c’est bien cette philosophie de vie qu’encourage les réalisatrices du documentaire, dont Louise Faure présente à la projection : il ne faut jamais perdre de vue ses rêves et tout faire pour les réaliser, confie-t-elle aux étudiants présents.

Juliette Degennes

Merci à tous les festivaliers 2015 !

Depuis l’École des Mines, la Petite Voix proposait cette année un moment de détente et d’échange autour du Festival de l’Histoire de l’Art 2015. En plus des boissons et des gâteaux faits maison, les sacs conçus par Nicola Pietromarchi ont eu un franc succès, comme ceux de l’an passé, dessinés par Stella Lory.

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Cette année, nous avions souhaités participer au Festival en proposant des ateliers parallèles à la programmation.

L’Atelier Toucher-Voir a permis à de nombreux festivaliers, d’appréhender un dessin non plus par la vue, mais par le toucher. Grace à des planches gravées de dessins de Violet Le Duc, prêtées par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, ils étaient invité à identifier un objet du bout des doigts avant de le reproduire – toujours les yeux bandés – sur une feuille spéciale. Cette expérience suscite des interrogations, et questionne notre rapport à l’art en général : où se situe la beauté d’une forme lorsqu’on l’appréhende avec les mains ? Peut-on juger d’une œuvre sans entrer en contact direct avec elle ? Petits comme grands ont su apprécier le défi et l’originalité de cette démarche, guidés par Hoëlle Corvest-Morel de la Cité des Sciences et de l’Industrie.

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Destiné plus spécifiquement aux plus jeunes, l’Atelier des Enfants du Festival proposait deux activités autour de la matière de l’œuvre, thème de cette édition du Festival de l’Histoire de l’Art. La première consistait en un jeu d’équipe où les enfants, les yeux bandés, devaient identifier un objet avant de le faire deviner à leur équipe par le dessin. Dans un second temps, nous les invitions à chercher des matériaux naturels en extérieur (feuilles, cailloux, terre) pour réaliser un collage aux différentes textures.

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Le dimanche midi avait lieu un Brunch musical, en deux sessions (musiques actuelles et jazz), accompagné par les élèves de l’École de Musique de Fontainebleau. Malgré un temps un peu plus gris, le public était au rendez-vous.

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Une très belle édition pour La Petite Voix en somme, qui prépare déjà de nouveaux projets pour l’année scolaire 2015-16. En attendant, nous vous invitons à lire quelques uns de nos comptes-rendus du Festival de l’Histoire de l’Art #5 sur notre site (www.lapetitevoixdufha.com).

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La Petite Voix

De toutes les matières, c’est la peau qu’il préfère. Les paradoxes du tatoué.

Marcel Mauss, dans les Techniques du corps, propose d’analyser le corps humain comme un outil, un objet, et pourquoi pas comme une œuvre d’art, dans une démarche d’appropriation volontaire de son propre corps. Cette démarche aboutit à un usage symbolique, fondé sur des techniques à des fins diverses et variées : une fin séductrice, ludique. C’est ce que propose d’étudier au cours de son intervention Philippe Nieto, invité au Festival de l’Histoire de l’Art le vendredi 29 mai, en écho à l’exposition du Quai Branly « Tatoueurs tatoués ». Construit sur une série de paradoxes concernant la pratique du tatouage, il pose un nouveau regard sur une matière très particulière : notre propre peau, à la fois comme support et matière de l’œuvre, dans une démarche analytique et ludique qui regroupe à la fois l’histoire de l’art, l’anthropologie ou encore l’esthétique.

Des peintures de main négatives sur les parois de la grotte Chauvet aux anthropométries d’Yves Klein, le corps a toujours été utilisé au second degré : d’abord sujet de l’œuvre d’art, dans la pratique de l’autoportrait, avec les célèbres exemples de Van Gogh ou Frida Kahlo. Le corps n’est pas seulement sujet, mais bien matière même de l’oeuvre : l’usage du maquillage, de la peinture du corps au sein des rituels aborigènes ou plus récemment du body-painting. Le corps se fait matière, il se transforme et se travaille, par des techniques non pérennes : la coiffure, le rasage, l’épilation, la coloration, le percement du corps. Autant de pratiques et de techniques qui transcendent l’aspect « primitif » du corps pour en faire un corps symbolique.

C’est le propre des techniques permanentes dont fait partie le tatouage : il s’agit bien d’une cicatrice sur un corps vivant, et qui prend son sens par cet aspect pérenne sur un corps éphémère : lorsque le tatoué meurt, le tatouage meurt avec lui et ne devient qu’un signe sur une matière comme une autre. La peau, comme matière, dote le tatouage d’un aspect particulier : zone poreuse, véritable frontière entre l’intérieur de l’organisme et l’extérieur au contact du monde. Le tatouage lui-même se caractérise par cette dualité : à la fois cicatrice sous le derme de la peau et dessin sur sa surface, il se situe au bord de deux mondes. A la fois dessin visible, exposé à la vue de tous et matière corporelle, cicatrice, intrinsèque à celui qui le porte.

Cette dualité pose problème quant à l’approche du tatouage comme œuvre d’art : il ne peut posséder de caractère patrionial, il ne peut se conserver au-delà de la vie d’un homme. Il est donc une sorte d’exposition ambulante, à la fois définitive à l’échelle de la vie du tatouté, et éphémère à l’échelle de l’humanité. En s’exposant à travers des photos, des traces, comme au sein de l’exposition du Quai Branly « Tatoueurs tatoués » qui présente également des carnets de dessin des tatoueurs, on ne conserve que la trace et non pas l’oeuvre.

Ultime paradoxe, le tatouage expose le corps afin de mieux le cacher, revendique une identité tout en camouflant l’aspect originel du corps. Il est une carte d’identité dont on choisit la représentation, carte d’identité qui se revendique et s’expose aux yeux des autres. Démarche narcissique déclarée à la face du monde ou bien cachée sous les vêtements, que l’on découvre à mesure de l’intimité partagée avec le tatoué. Dès lors, la monstruosité de la déformation se dote d’une forme séductrice. Cette démarche qualifiée de « masochiste », à la recherche de la meurtrissure, de la douleur, devient un loisir, un luxe.

Le tatoueur, sous ses airs de gros dur, serait finalement un cœur tendre, selon Philippe Nieto. En exhibant les cicatrices de sa vie, il révèle à la fois sa force et ses faiblesses, en véritable écorché vif : la peau se fait texte significatif de ses souffrances et de ses bonheurs ; on y lit comme à livre ouvert, sur la surface non plus de la page mais de la peau. Un corps qui n’est pas un simple objet mais qui revendique son humanité, sa dualité, sa capacité de transcender ses émotions intérieures par son aspect extérieur, se posant comme artiste… et comme œuvre.

Juliette Degennes