Niki de Saint-Phalle, un rêve d’architecte, réalisé par Anne Julien et Louise Faure

C’est à l’occasion de la grande exposition proposée par le Grand Palais en 2014 que les deux réalisatrices ont réalisé ce documentaire, retraçant la vie de Niki de Saint-Phalle à la fois personnelle et artistique, dans un mélange parfaitement réussi. Le fil conducteur de ce film de 52 minutes est ce rêve d’architecte qui posséda Niki jusqu’à son aboutissement : le jardin des Tarots. La poursuite du rêve comme philosophie, c’est ce que défendent à la fois Niki de Saint-Phalle et les deux réalisatrices au parcours atypique.

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L’artiste qualifiée de « meilleure sculpteure de tous les temps » par son compagnon Jean Tinguely, que l’on voit dans le documentaire, est issu d’une riche famille d’aristocrate, évoluant dans un monde codifié qu’elle rejette dès sa plus jeune enfance. Enfermée dans les salons new-yorkais, la jeune Niki rêve à la fenêtre et déclare à sa mère ne jamais vouloir lui ressembler, ne jamais vouloir « plier les draps ». Cette première transgression révèle d’ors et déjà un caractère bien affirmé. Dès ses 18 ans, elle fuit en se mariant avec un poète américain : tous deux, ils partent à la découverte de l’Europe et s’installent à Paris. C’est là qu’elle se consacrera entièrement à son œuvre, après une terrible dépression nerveuse dont elle se sort…. en dessinant. Allongée dans son lit, entouré de rats, métaphores de son mal-être qui la ronge, cette série de dessin signifie beaucoup et s’anime littéralement dans le documentaire. A la sortie du sanatorium, elle se sépare de son premier mari et rencontre les Nouveaux Réalistes, partageant leur bohème dans les rues de Paris. C’est le début d’une grande histoire d’amour avec Jean Tinguely, qui l’aidera dans toute sa carrière, jusqu’à la réalisation très prenante du Jardin des Tarots.

Mais avant ce rêve, Niki, jeune féministe d’avant-garde, se renouvelle par ses rencontres et décide de tirer sur la peinture. Dans des images d’archives inédites, on découvre la part cachée des œuvres à la carabine exposées au sein de l’exposition du Grand Palais : dans une véritable « performance » en Californie, la jeune peintre amuse les curieux en tirant violemment sur des sachets de pigments accrochés à la toile. Pour elle, c’est l’acte de violence en lui-même qui est important : la toile n’est qu’un déchet, un résidu de l’acte. Au-delà de la peinture, l’artiste tire sur les codes et les règles imposées, tire sur un mode de vie, tire sur sa famille, son frère, son père…. Dont elle révélera plus tard, à la fin de sa vie, l’inceste dont elle a été victime à l’été 1942, comme l’évoque de façon allusive le documentaire. Et c’est bien ce qui fait la justesse du film : évoquant des clefs de lecture qui permettent de comprendre Niki de Saint-Phalle en tant que femme, il met toutefois l’accent sur la valeur artistique du personnage, sur son aura qui lui permettra d’atteindre ses objectifs grâce à une véritable foi.

Lors d’une interview, elle avoue avoir admiré Gaudi et son parc Güell de Barcelone : « un jour, moi aussi je construirai un jardin », sans hésiter pour autant à démystifier le grand architecte : « lui, ce salaud, il avait son compte pour le financer ! ». Après la célèbre Hon de 1961 dans laquelle les visiteurs pénétraient et les enfants jouaient et les innombrables Nanas qui lui assurent la gloire, elle réalisera son rêve, par ses propres moyens: un immense jardin aux couleurs explosives, révélateur de son monde à elle. Elle vécut d’ailleurs au sein de l’Impératrice, comme le dévoile des photos prises à l’époque. L’exploit de Niki, c’est ainsi d’avoir su exprimer son intérieur bouillonnant par un langage plastique extérieur, dans la même dynamique de transgression que la jeune enfant qui veut parcourir les rues et non les salons mondains. Niki a donc réalisé son propre salon rêvé et fantasmé. Et c’est bien cette philosophie de vie qu’encourage les réalisatrices du documentaire, dont Louise Faure présente à la projection : il ne faut jamais perdre de vue ses rêves et tout faire pour les réaliser, confie-t-elle aux étudiants présents.

Juliette Degennes

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