Sérialité et Photographie

Au 104, jusqu’à début mars, étaient exposés les photos de jeunes talents, réunies sous le titre de Circulation(s)1. Parmi elles se trouvaient la série Figures2 d’Aurore Dal Mas. Il y a quelques temps Natacha Nisic exposait au Jeu de Paume son Catalogue des gestes3.

D’une exposition à l’autre, en deux courts paragraphes, nous avons voulu questionner la sérialité. La série, sorte d’obsession de l’artiste, en fait, consciemment ou non, un collectionneur de regard qui capture et organise ses différentes visions d’un même motif. La série repose sur cette variation, si subtile et infime soit-elle. Dans cet infime écart se dessine alors les différences essentielles, intimes. Sorte d’épiphanie sans cesse renouvelée, quand notre regard ne pensait plus être surpris, le jeu de la série est celui de la similitude.

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Figures, Aurore Dal Mas.

Plusieurs photographies sont mises côte à côte où sont représentés des dos de femme entrain d’enlever un haut. Sur fond noir. L’absence de situation, de lieu, met en valeur le corps mais surtout en fait un motif, une forme, le soustrait à notre désir d’identification. On apprécie alors la couleur des tissu, leur texture, leurs plis, on se surprend à apprécier la douceur d’une mèche folle qui dépasse, on laisse divaguer notre regard sur les différentes torsions des corps. Du pli d’un pull à celui de la peau il n’y a plus qu’un pas, et la photographie devient matière.

La force de cette série, outre sa puissance esthétique évidente, est dans le jeu que l’artiste instaure avec notre regard. Les plus observateurs auront remarqué que les mêmes grains de beauté parsèment les différents corps, les autres l’apprendrons en lisant le commentaire de l’oeuvre. En fait de différents dos, c’est le sien qu’Aurore Dal Mas photographie à chaque fois. Ainsi, ce n’est plus l’intimité d’une femme, ses gestes quotidien et leur beauté simple qu’elle saisit, mais l’altérité présente en chacun de nous, puisque des répétitions d’un même geste apparaissent tout autant de femme, de figures, de forme.

Quand on sait cela notre regard revient sur la série et cherche, au delà de l’émotion première, intuitive, les similitudes et variation du corps.

Catalogue de gestes, Natacha Nisic.

Se détachant également sur fond noir, exposées côte à côte, des photographies de mains exécutant des gestes du quotidien. Les dérobant à l’ordinaire, l’artiste confère à ces gestes une importance qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir. Ainsi, elle interroge le mouvement qui les accompagne, interroge ce qu’ils signifient au-delà de l’acte, ce qu’ils cachent d’invisible, d’inaccessible. Elle cherche leur intimité et le lien qu’avec eux nous construisons dans notre quotidien.

Encore une fois notre regard est sollicité pour dépasser ce que l’on voit, derrière l’exposition d’un geste simple, trop simple en apparence pour être exposé. Encore une fois la série est l’occasion d’explorer cette variation dans le similaire, pour distinguer dans la différence une multitude de singularité.

Camille Chanod

Image: une des Figures, d’Aurore Dal Mas

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