Roy Lichtenstein – Donner un sens à la collection et à la reproduction

Paris, le 17 octobre 2013

Le pop art, quoi de mieux pour aborder la question de la collection ? Jusqu’au 4 Novembre Beaubourg nous propose de (re)découvrir intelligemment le pop art et ses enjeux autour du travail de l’artiste américain Roy Lichtenstein. Laissons-nous surprendre !

L’exposition nous invite à nous détacher de la vision du pop art comme simple reproduction à la chaîne, collection répétitive qui relève de la simple accumulation. Cette exposition intelligente nous pousserait plutôt à voir le pop art comme une re-production, comme un moyen de se saisir du passé pour comprendre et s’emparer de son présent. Il s’agit de réinventer les classiques pour les refonder et se raconter une histoire contemporaine, s’expliquer le présent à l’aide de « mythes » artistiques et culturels. Ainsi pour Roy Lichtenstein se saisir du cubisme est un moyen de redessiner le portrait éclaté de la société américaine des années 60. Collectionner serait donc se réapproprier pour mieux comprendre le présent et mieux l’exprimer.

Roy Lichtenstein dresse un tableau tout à la fois inquiet et cynique de L’Amérique des Trente Glorieuses, constitutif de ce courant artistique : « Ce qui caractérise le pop art, ce sont à mon avis les caractéristiques les plus cyniques et les plus menaçantes de notre culture, ces choses que nous détestons, mais qui ont aussi la force de s’imposer à nous. ». Il se saisit de l’art commercial et de l’agressivité qu’il dégage pour parler d’expériences aussi traumatisantes que la guerre dont la violence et l’incompréhension sont exprimées par des onomatopées tonitruants de la grandeur d’une toile qui viennent interpeller le visiteur. Cette nouvelle société de consommation est un terrain de jeu sans fin pour l’artiste puisqu’elle invente de nouveaux clichés qu’elle transforme très vite en icônes.L’artiste peut alors retravailler les images du passé comme la société moderne travaille ses images, et revisiter ainsi le pouvoir d’ « icônisation » de l’art. Alors que l’image des pubs se confond de plus en plus avec l’objet lui-même, RL brouille les frontières entre l’objet et la toile, entre réalité et art conventionnel, la toile nous oblige à adopter un regard neuf à l’instar de ses nus peu réalistes qui soulignent ce fossé entre réalité et convention. C’est ainsi tout un travail sur l’art et la place de l’artiste qui se met en place : la main de l’artiste doit-elle être présente ? comment estomper le coup de pinceau pour brouiller les frontières artistiques ?

Mais Roy Lichtenstein réinvestie également le topos de l’atelier d’artiste en réalisant des cadres imaginaires, des tableaux de lieux qui n’existent pas où ses œuvres sont mises en scène. Ainsi, ce n’est pas seulement un travail sur la volonté de se réapproprier des objets qui le lie à la question de la collection, mais aussi la volonté de ré-inventer l’espace d’exposition qui met en valeur des relations entres différentes créations.

Laura Basilis et Camille Chanod

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