Entretien avec Nadia Fartas

Lundi dernier, par une jolie matinée ensoleillée, La Petite Voix du Festival a rencontré Nadia Fartas, doctorante contractuelle à l’EHESS où elle travaille au sein du Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL). Elle s’intéresse aux relations entre le texte et l’image, ainsi qu’aux expressions et représentations du changement dans l’art et la littérature autour, notamment, du Peintre de la vie moderne de Charles Baudelaire. Le samedi 1er juin à 10h30, elle présentera une conférence au titre intrigant: « venger l’art de la toilette »1, où elle questionnera la place de la mode, du vêtement et de la parure dans la modernité baudelairienne. Au fil de la discussion elle nous avoue être une fervente amatrice de la pop anglaise, partage avec nous ses méthodes de travail, son amour de la recherche et de l’histoire de l’art et de la littérature, ainsi que sa joie de participer au Festival.

Alors que le thème de cette année est l’éphémère, la question de la temporalité semble être au cœur des travaux de Nadia Fartas. Dans Le Peintre de la vie moderne Baudelaire définit notamment la modernité comme « le transitoire, le fugitif, le contingent ». La notion de changement telle qu’elle est problématisée dans les arts et la littérature s’enrichit de la dimension poétique et esthétique du texte, autant poème en prose que critique d’art.

Elle restitue la singularité d’une œuvre en l’articulant à d’autres œuvres et en travaillant la relation avec d’autres disciplines. Le philosophe Walter Benjamin a par exemple écrit sur la modernité selon Baudelaire. Cet essai peut aussi s’inscrire dans une histoire de débats autour de la place du costume contemporain, dans la peinture ou dans le théâtre. La question de la modernité chez Baudelaire peut donc être abordée suivant plusieurs points de vue, à la jonction de différentes disciplines. En fait, c’est ce va-et-vient, ce changement d’échelle, entre une lecture rapprochée du texte et l’articulation avec d’autres savoirs, qui donne un rythme à la recherche. Et ce rythme est directement lié, lui aussi, à la problématique de la temporalité au cœur du Peintre de la vie moderne.

C’est la première fois qu’elle participe au Festival de l’histoire de l’art. « Au Festival, il y a du temps », se réjouit-elle. Ce qui lui plaît c’est le temps donné aux intervenants qui permet de présenter un exposé complet et problématisé et par là de créer un vrai espace de discussion avec le public. Le Festival laisse donc place au temps de l’écoute, qui est un temps différent de celui de la vision ou de la lecture et qui permet de ménager un espace de transmission et d’échange.

Ce temps de l’écoute est double. D’une part, il y a l’écoute du public amateur. Par exemple l’éphémère – thème de cette édition du Festival – renvoie à des considérations actuelles comme notre relation au temps, au présent et à des interrogations fondamentales comme la place que nous accordons à l’art ; de même la question de l’apparence est une question qui traverse et travaille le texte de Baudelaire.

D’autre part il y a l’écoute d’une chercheuse, de Nadia Fartas. Elle espère – sans en douter – être surprise par les autres conférences. L’échange et la parole sont essentiels à son travail, car la recherche est affaire de transmission. Transmission d’un regard, d’une interprétation, d’une façon de dire l’œuvre, d’un doute, voire même d’une autre façon de transmettre.

Le propre de l’histoire de l’art est de toujours être en mouvement, de ne jamais se figer. Ne serait-ce que lorsque nous redécouvrons des auteurs oubliés. Pour cette raison, l’histoire de l’art ne peut se passer d’une dimension éphémère, même s’il existe des faits qui constituent une base fixe sur laquelle s’appuyer. Le recul critique est nécessaire à l’historien de l’art, au chercheur, qui peuvent dialoguer avec des sources et des matériaux variés. Ils renouvellent le regard porté sur les œuvres en interrogeant aussi ce qui semble évident. Il faut pour cela faire confiance à l’humain, à la spontanéité d’une émotion, au moins dans un premier temps. Or la spécificité du Festival est justement de déconstruire l’évidence puisqu’il invite le public à découvrir des lectures singulières d’œuvres peut-être déjà connues.

Quand nous lui demandons de nous parler d’une œuvre qui l’a marquée, elle nous parle avec finesse du tableau du Caravage, La Madeleine repentante. La dimension temporelle est présente et c’est ici une vraie expérience visuelle que nous offre Nadia Fartas : plus on regarde le tableau, plus une conversion du regard s’opère et le tableau fait apparaître des liens, des lignes, autour des poignets de la jeune femme, sur ses broderies et le nœud qui lui enserre la taille. Progressivement on ne voit plus que ces liens qui se délient et se lient. Ainsi, d’une certaine manière, il semble que le spectateur vive une expérience de transformation.

À la fin de l’entretien, elle nous livre quelques images qui lui évoquent le Royaume-Uni: David Bowie, les Clash, les Smiths. Bref, le rock et la pop. Puis elle ajoute « Virginia Woolf, notamment pour Orlando » et Turner.

Camille Chanod et Louise Bonhomme

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